Démences – Les bienfaits de la méthode Montessori

Pleine Vie novembre 2016

« Pourquoi devrait-on perdre ses droits fondamentaux au nom d’un diagnostic ? C’est la question que pose le Pr Cameron Camp, neuropsychologue américain, chercheur dans le domaine du vieillissement, qui s’est fait le chantre de la méthode développée par le Dr Maria Montessori appliquée aux patients atteints de démence », rapporte Pleine Vie.
« Cette pédagogue italienne partait du principe que c’était le milieu qui devait s’adapter à l’enfant et non le contraire », rappelle le magazine. « Nous suivons ces valeurs. Nous ne traitons pas les personnes démentes comme des enfants mais comme des êtres à part entière. Nous favorisons et respectons leurs choix et essayons de leur permettre de s’engager dans des activités porteuses de sens pour elles et qui leur donnent un rôle social. Nous nous focalisons sur ce qu’elles savent faire et non sur ce qu’elles ont perdu », résume le Pr Camp.
« Dans la vision Montessori, la première chose à faire est de changer la perception que l’on a de la personne atteinte de démence, explique le Pr Camp. « Elle a, comme nous, des émotions, des envies, des moments heureux, certains plus difficiles. (…) Dans cette méthode, il est essentiel de redonner aux personnes démentes le contrôle sur leur vie, de les impliquer dans les décisions personnelles et aussi sociales », indique l’article. « Pour cela, il faut savoir quelles sont les capacités qui leur restent sur le plan social, pratique, moteur et cognitif. Après un premier bilan, à nous de créer l’environnement adéquat », note le Pr Camp.
« Contrairement aux idées reçues sur Alzheimer, les capacités d’apprentissage sont toujours présentes via la mémoire procédurale, celle qui permet l’enchaînement des gestes nécessaires pour accomplir une tâche », explique le professeur. « Manger avec des couverts, s’habiller, jouer aux cartes, lire… sont des notions qui ne se perdent pas : il faut  « réveiller les gestes en sommeil ». « Solliciter les patients pour des tâches quotidiennes, leur demander leur avis, leur proposer des activités qui font appel à leur mémoire ancienne… leur redonne la possibilité de se « remettre » en mouvement et de retrouver l’estime de soi », affirme Pleine Vie.
Le magazine souligne que « la pédagogie Montessori nécessite des soignants formés, des familles impliquées et un environnement plus lisible par l’utilisation de signalétiques adaptées. Cela permet à la personne de se repérer dans l’espace et de reconnaître les objets qui peuvent l’aider à surmonter ses déficits ».
Il révèle « des résultats concrets encourageants » notamment sur « l’amélioration de la qualité de vie des personnes et de leur entourage ». Le Pr Camp souligne que les personnes malades « sont réveillées la journée, [et] dorment la nuit… » : « ce qui explique la réduction massive d’hypnotiques et une baisse significative du pourcentage de résidents présentant des troubles du comportement (déambulation, agitation) qui sont un de leurs seuls moyens pour exprimer un besoin, un désir, une incompréhension », précise l’article.
Le magazine évoque certains patients qui ont pu ainsi « récupérer de l’autonomie ou (…) reprendre du poids » mais également des « soignants (…) aussi plus heureux, la démarche Montessori leur donnant l’occasion d’inventer leurs propres outils et solutions en fonction du besoin de la personne, d’où un turnover du personnel très réduit ».
« Dans certains établissements qui ont adapté la méthode Montessori, des comités de résidents ont été créés et les pensionnaires sont invités à donner leur avis et prendre des décisions sur la vie de l’institution », ajoute-t-il. « Puisque cette « pédagogie » a fait ses preuves, pourquoi ne pas l’adopter plus largement ? », se demande Pleine Vie.

Share Button